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Semaine 35 : Le génie politique français

Que l'on soit de gauche, de droite, de travers ou de centre, une chose est sûre : l'imagination du politique français est vide. Sur le principe, tout le monde était d'accord sur le RSA, Revenu de Solidarité Active, pour aider les plus démunis à réintégrer le monde social et économique. Mais pour le financement de cette aide, utiliser toujours le même procédé, celui de la taxation, ça devient lassant et vraiment démotivant. "Travailler plus pour être taxé plus", c'est ça la réalité que semble prendre le programme de Sarko. 


Semaine 33 : Le peps de Phelps

Le bonheur affiché de Michael Phelps, c'est aussi beau qu'un gorille qui montre ses dents et se tape le torse pour défier son rival. Ce singe est le sportif le plus titré de tous les temps : quatorze médailles d'or olympique dont huit à Pékin. Cette suprématie écrasante, c'est comme le programme de ma machine à laver : trop prévisible pour s'arrêter longtemps dessus. Je me demande ce qu'il y a de si passionnant à affirmer sa supériorité de cette façon. On ne se contente pas d'être le meilleur, on pulvérise, on anéantit. L'exploit à ce niveau détruit tout suspense. Heureusement, les défaites programmées de Laure Manaudou étaient bien plus émouvantes : pour une fois, je voyais en elle quelque chose de plus humain, de moins mécanique, puis on pouvait se dire que son entraîneur était un bel enfoiré. Laisser croire à son athlète qu'elle pouvait gagner dans ces conditions, c'était comme prévoir le retrait des troupes russes de Géorgie, aussitôt après l'intervention de Sarko.
Semaine 32 : La torche ossétique

La fête olympique n'a pas été gâchée par le Tibet, mais par l'Ossétie, cette petite région du monde où depuis pas mal de temps ça ressemblait à un pétard dans la petite culotte de notre première dame de France. Comprenne qui voudra, mais à l'allumage, il y a des intérêts que le jeu du pouvoir déclenche. Notre valeureux Ministre des Affaires Etrangères et du Sac de Riz s'est déplacé sur place en Géorgie avec de jolies lunettes de soleil. Quelle élégance! Contempler l'horreur d'une guerre, c'est un luxe que la jet set politique ne peut s'offrir tous les jours. C'était inespéré d'intervenir enfin et de jouer le héros à nouveau devant des caméras, avant que Sarko le Prodige ne vînt lui voler la vedette. Ceux-là même qui hier semblaient soutenir l'invasion américaine en Irak deviennent des diplomates tentant d'expliquer aux Russes que ce n'est pas gentil d'envahir un pays souverain. Quelle farce!
Semaine 31 : Les nouvelles sont bonnes : il n'y en a pas!

Est-ce l'actualité qui suit le journaliste ou le journaliste qui suit l'actualité? C'est bien angoissé que je me retrouve en face de mon billet hebdomadaire, car depuis que le journaliste est parti en vacances, les nouvelles semblent se dorer la pilule. On nous a bien conseillé dans les temps passés d'éviter de congeler les bébés ou de veiller à ne pas les laisser en plein soleil dans les voitures. On nous a recommandé de bien brumiser nos personnes âgées avant de partir. Mais là, on a à peine une alerte orange de canicule dans un département à se mettre sous la dent. Tout semble aller bien. Sarko est parti sur la plage sans sa bouée, celle-là même que Photoshop avait subtilisée. Aucun micro n'est venu capter une flatulence inopinée du Saint-Père Benoît XVI. Les paparazzi ont beau fouiller dans les poubelles présidentielles, ils ne trouvent pas de test de grossesse positif. Même les actualités "people" semblent aussi flasques que les opinions de Monsieur Bayrou. Il y a dans ce vide journalistique une trêve, car chacun sait que l'événement majeur se profile à l'horizon : les Jeux Olympiques de Pékin. Ce n'est sûrement pas pour l'intérêt sportif que les caméras vont se braquer là-bas, mais pour l'intérêt politique. J'ai hâte de recueillir les premiers émois de l'homme occidental à la rencontre de l'univers chinois,... qui fait peur. Car s'il est une chose que le journaliste a compris depuis fort longtemps pour faire vendre, c'est la peur, le véhicule de la peur, un peu comme les contes pour enfants où il y a les bons et les méchants.
Semaine 30 : Les cyclo-chimistes du Tour

Docteur Freud n'a pas étudié la question et pourtant, on peut s'interroger sur l'origine de la fascination pour une pédale qui tourne indéfiniment. Qui plus est, cette pédale est actionnée par un cerveau relié via une oreillette à un directeur de courses. Où est l'intelligence? Où est la stratégie chez un cycliste du Tour de France? Par ailleurs, ce qui multiplie le facteur de désintérêt pour cette course, c'est le manque d'informations que le spectateur possède sur la préparation dopée des coureurs. Pour que les choses soient plus claires, les équipes devraient chacune représenter un laboratoire et courir en leur nom. Pourquoi tant de simagrées quand l'un ou l'autre se fait attraper? Chacun sait que tous sont chargés comme des bêtes. Ce qui les différencie, ce sont les doses, plus ou moins légales, les substances, plus ou moins contrôlées ou contrôlables; ce sont les méthodes d'administration, plus ou moins indentifiables. D'ailleurs, pour tous les sports de haut niveau, on se doute bien que ce n'est pas avec de l'aspirine qu'ils se soignent, dixit Laurent Jalabert. Vous voyez, ce n'est pas moi qui le dis. Et pour tous ceux un peu crédules qui me diraient que j'exagère, je leur répondrais qu'au jardinet du sport on ne goûte plus au fair-play mais au flair-play. Mettez en présence un rottweiller et Rafael Nadal, le molosse à quatre pattes flairera quelque chose de louche, se rendra compte que ce n'est pas un humain comme les autres et détalera comme un lapin à l'anglaise, oreilles couchées et ventre à terre. Dans la perpétuelle quête de performances, les sportifs finiront aussi virevoltants et indestructibles que dans les dessins animés de Tex Avery. Si d'aucuns irréductibles peuvent en douter encore, non le sport n'est pas bio, je l'affirme. Il y a dans le peloton du Tour de France comme un déjà-vu au Salon de l'Agriculture. Pardon pour la comparaison si elle peut heurter la sensibilité des sportifs, mais l'exposition toujours abondante des viandes de qualité, de ces boeufs qui ne finissent pas de grossir, nous font douter de leur provenance. Sont-ils plus vrais que nature, et comment les a-t-on fabriqués? Oui, au rayon des compétitions sans fin, le jeu devient lassant et inquiétant. Si le chapitre aux stupéfiants qui ne stupéfient plus ne ferme pas bientôt, on mettra bientôt en éprouvette les bébés de Richard Virenque croisé à Laure Manaudou pour remporter le triathlon. Les chimistes rivalisent d'imagination, les épreuves sont faites pour eux, tout est permis, même quand cette mascarade nous crève les yeux.
Semaine 28 :  Lettre à Brice Hortefeux pour les Gilbertins

Cher Brice,

Il y eut d'abord Brice Lalonde qui illustra avec brio la chanson "L'opportuniste" de Dutronc. Puis vint le film "Brice de Nice", édifiant navire de guerre comique, qui laisse encore des traces très subtiles. Puis enfin, vous avec votre ministère ambigü, vous apparûtes, avec vos joues roses et vos cheveux blonds. Ma maman, qui pour une fois s'était fendue d'originalité, m'avait attribué ce prénom en croyant bien faire. Si je vous écris, c'est pour redonner un peu d'éclat à notre prénom, et ne pas devoir le ranger honteusement au tiroir des "Adolf" et des "Benito". Je vous ai observé annoncer avec classe le chiffre des expulsions de l'année. J'ai admiré votre sang froid, tant et si bien même que je me suis inquiété de votre état de santé mental. Si en un sens vous pouviez vous réjouir de l'objectif politique visé, au moins vous auriez pu par décence calfeutrer votre fierté comme on le ferait de l'embonpoint et songer un peu aux tristes destins de ces malheureux que l'on chasse de chez nous. Mais sans doute est-ce trop demander à l'élite que vous représentez de penser au-delà de votre ego. Bien qu'il soit presque totalement certain que vous ne lisiez jamais ma lettre, je vous fais cette suggestion pour redresser votre image et votre conscience. A l'autre bout du monde, dans le Pacifique, au Nord de la Polynésie française se trouvent les îles Kiribati. En n'avez-vous jamais entendu parler pour vos vacances? Vous devriez vous y rendre, quoique je craigne pour votre peau blanche fragile. A ce qu'il paraît, ce sont des petits bouts de paradis, avec plages de sable fin et cocotiers. Même si dans les rangs de la classe politique, votre étrange collègue Claude Allègre dénigre la thèse du réchauffement global de la planète comme une évidence scientifique, lui-même ne peut réfuter que deux des îles sur la cinquantaine que compose l'archipel ont été engloutis par les eaux. Certes l'ancien Ministre de l'Education Nationale martèle à qui veut l'entendre que l'on ne peut attribuer cela aux émissions de gaz à effet de serre, mais un fait est un fait : les eaux montent, le doute s'installe et sans tomber dans la vision apocalyptique fantasque, on prévoit la disparition de cet archipel d'ici moins de cinquante ans. Vous rendez-vous compte? Tout un pays va disparaître, avec le doute potentiel que ce soit à cause de la pollution générée en grande partie par les puissances de ce monde dont nous. Avez-vous seulement imaginé la tête que feraient les Français si on leur apprenait subitement que pour cause de catastrophe écologique on soit obligé de leur retirer la France? Qui sait : on n'est jamais à l'abri d'une centrale nucléaire qui pète. Le président de cet archipel de rêve, Monsieur Tong, son nom ne s'improvise pas, a monté le Ministère de l'Exode pour préparer sa population, les Gilbertins, à déménager. Ils sont 105 000. Il réclame l'asile en leur nom dans les pays voisins. Seule la Nouvelle-Zélande a répondu favorablement. Apparemment, la France via la Polynésie n'a pas ouvert ses portes. Ce n'est pas trop les récompenser de leur stoïcisme pendant que Jacques Chirac, souvenez-vous, lançait ses essais nucléaires. Alors je me suis demandé, naïvement sans doute, si votre Ministère ne pouvait pas leur faire un peu de place. A ce qu'on dit, les Gilbertins sont plutôt gentils : pour les voyageurs, aucun risque de sécurité notable n'a été relevé. Ils sont un peu le contraire, pardon pour l'a priori, des FARC et de la Colombie, à qui notre cher Président tend la main. Ceci bien entendu n'est que la suggestion d'un citoyen noyé dans la masse qui tombera dans l'oreille d'un sourd, si ce n'est un piètre point de vue qui sombre dans l'oeil d'un borgne.
Semaine 34 : Mourir pour des idées, mais lesquelles?

On se souvient tous des paroles de Brassens : "Mourir pour des idées d'accord mais de mort lente!". A l'époque, les Anciens Combattants l'avaient mauvaise d'entendre ce refrain. Aujourd'hui, les logiques de guerre ont changé, pour peu qu'il y ait de la logique dans les conflits. Dix soldats français viennent d'être tués en Afghanistan. La nouvelle est érigée en affaire d'état par Sarko, qui fait le déplacement là-bas, qui préside la cérémonie des funérailles et qui reçoit personnellement chaque parent. Subitement on semble se rendre compte que notre présence en Afghanistan dérange. On s'aperçoit qu'on est toujours en guerre. Tandis que le gouvernement s'est employé à faire de la prévention pour les cigarettes - fumer peut tuer - on prend conscience également que la guerre tue des jeunes. C'est quelque peu embarrassant de le constater, mais oui, il faudrait prévenir la jeunesse que rentrer dans l'armée, c'est dangereux. C'est pas tout d'apprendre le maniement des armes, mais il y a un petit potentiel à se faire dégommer. Le plus embêtant, c'est de ne pas savoir par qui et pourquoi. Sarko nous explique avec sa pédagogie de vendeur de bagnoles que c'est pour garantir la sécurité et la liberté dans notre pays. Je n'en suis hélas pas si sûr. Je vais même jusqu'à penser que les années de guerre dans cette région du monde élargissent la plaie des conflits et aguerrissent les prochains terroristes, que ça leur met du peps, comme celui de Phelps.










Semaine 29 : Quand nous serons morts, on nous dira tout.

Des rejets d'effluents radioactifs ont été constatés dans une usine de la Drôme. L'information est tombée comme si de rien n'était. Il ne s'agissait que d'une alerte de niveau un. Ne vous inquiétez pas, quand elle sera de niveau sept, vous serez déjà morts. Quant à savoir si cette petite fuite, cette fuitounette de rien du tout dit-on, est grave, il est à penser qu'on ne vous dira rien si tel est le cas. Qui ne se souvient pas de l'effet Tchernobyl sur les comptes rendus rationnels de nos amis politiques et de nos journalistes? Quand Alain Madelin nous expliquait que le nuage radioactif s'était arrêté à la frontière suisse, la presse répondait comme un joli murmure de fille de mauvaises moeurs pressée de faire son affaire. Comme ils sont beaux les journalistes, ces prédicateurs, ces justiciers, ces moralisateurs, ces grands prêtres de l'information, qui jamais n'oseraient nous tromper. Ils peuvent bien aller en Chine s'enchaîner pour clamer le droit à l'expression libre : depuis Tchernobyl, mon petit doigt me rappelle toujours qu'ils ont tous les droits en effet, y compris celui de nous mentir. Alors revenons-en à ce qui nous est dit  : "des rejets d'effluents radioactifs ont été constatés". Autrement dit, quelqu'un a remarqué quelque part dans les eaux usées quelque chose qui serait susceptible de nous faire changer subitement la couleur de nos urines, ou un truc qui pourrait nous faire pousser un sixième doigt au milieu du front, mais rien de bien inquiétant, puisque nous sommes en état d'alerte niveau un. Bien entendu, et c'est ce qui est le plus rassurant, tout ceci est déclaré par l'ASN, l'Autorité de Sûreté Nucléaire et la Préfecture de la Drôme, à la tête desquelles on ne pourrait soupçonner la moindre partialité. Les organismes de contrôle de nos sites nucléraires sont absolument parfaitement crédibles. Si ce n'est mon cynisme que j'emploie comme arme pour me débarrasser d'une certaine peur, je dois dire que ce n'est pas la fuitounette en question qui me trouble, mais la réaction de la gentille dame, Corinne Minot, directrice du cabinet de la Préfecture de la Drôme. Cette haute autorité responsable a déclaré à l'AFP :"la canalisation à l'origine de la fuite est un dispositif en béton au sein duquel l'effluent se colmate". Traduction : la canalisation a pété d'accord, mais elle est en béton. Et quand elle pète, la fuite s'arrête, l'effluent qui est liquide se solidifie au contact du béton. Un peu comme le nuage de Tchernobyl qui a stoppé net à la frontière suisse. C'est tout de même très étrange cette explication à l'emporte-pièce qui consiste à dire en gros qu'un effluent, c'est-à-dire, de l'eau tout simplement, se colmate. Et le plus inquiétant vient après, dans les propos de cette distinguée dignitaire qui conclut : "donc il y a très, très peu de probabilités de propagation au sol." Avec de tels raisonnements, s'il faut se raccrocher à une certitude, c'est qu'il y a très, très peu de probabilités de propagation de la vérité. Sur la question du nucléaire, les journalistes en sont toujours au niveau un de l'information, pour ne pas dire au niveau nul. 
Semaine 27 : Jungle Story

Certes je ne m'exprime pas au nom des culs-de-jatte, mais quand nous avons appris la libération d'Ingrid Betancourt, inexorablement cela m'a fait une belle jambe. J'ai même poussé un "ouf" de soulagement, comme le jour où Loanna est enfin sortie de son loft, sauf que là, il s'agissait de la jungle. Pour un peu, j'allais croire que cette information était couverte par la production de Koh Lanta. L'orchestration des reportages était si subtile que je me suis demandé à quel moment Ingrid Betancourt devait avaler des asticots et où se trouvaient les autres candidats. Heureusement, pas plus qu'"Auto-Moto" n'a supervisé les opérations pour les épousailles de Lady D avec le pylone de l'Alma, je n'ai vu apparaître la tête de Denis Brogniart commenter les effets de la détention sur la belle Colombienne. Tout va bien qui finit bien. Les enfants sont contents. Même Sarkozy est devenu gentil : il veut inviter les FARC à tâter de nos entrecôtes saignantes. Il faut dire que certains d'entre eux ont un talent caché pour le viol et la mise à mort, alors je comprends l'émotion subite de notre cher Président pour ces ogres qui ne manqueront pas de faire honneur à nos tables. L'immigration est toute choisie. Grâce à "Jungle Story", la France devient sentimentale. Une fois de plus cette année, la Colombie à l'instar de l'indéboulonnable Federer tient le haut du pavé, enfin plutôt du pavot. Si ce n'est pour le tennis, c'est au moins pour la production de cocaïne. Une performance reste une performance. Un jour, peut-être, on se mettra à parler de la Colombie et non des Betancourt. L'héroïne de cette happy end à la sauce hollywoodienne nous a dit que si c'était à refaire, elle recommencerait. Plaisantait-elle? J'espère bien que oui et qu'elle ne va pas nous lancer la saison 2. Hélas pour nous, cette femme semble à tous prix vouloir tenir le haut de l'affiche. J'ai bien peur du pire qu'elle nous prépare.